J’ai créé ma boutique en ligne unstyleretro.com le 13 février 2017. Cela fera donc bientôt 9 ans… Et oui, déjà !

Une aventure qui me semble à la fois lointaine et incroyablement proche.

Pour l'anecdote, les toutes premières pièces mises en ligne lors de la création de la boutique étaient, pour la plupart, des vêtements qui m’avaient appartenu. Ce n’étaient pas des pièces chinées dans l’objectif d’être revendues, mais des trésors de ma propre garde-robe. Des vêtements que j’aimais beaucoup, mais qui ne m’allaient plus ou dont je m’étais simplement lassée avec le temps.

Très vite, cependant, j’ai compris que je ne pouvais pas éternellement puiser dans mon dressing personnel pour faire vivre la boutique. Il fallait, évidemment, trouver d’autres sources. Explorer, chiner, chercher ailleurs. C’est ainsi qu’a commencé une autre facette essentielle de mon travail : la recherche de pièces vintage et anciennes, leur sélection minutieuse, puis leur restauration, afin de leur offrir une seconde vie et de continuer à raconter leur histoire à travers ma boutique.

 ♻️   L'achat en lot dans les associations - Le secret derrière mes "petits prix"

Lorsque j’ai créé ma boutique, ma première ambition était de vous proposer des pièces vintage de qualité, à des prix accessibles. Je me suis donc rapidement rendu compte qu’il me fallait constituer une partie de mon stock à partir d’achats en lot.

Au début, j’ai commencé par contacter moi-même plusieurs associations avec lesquelles nous avons pu contruire des partenariats pontuels. 

Puis, après avoir accordé quelques interviews à des journaux locaux, certaines d’entre elles m’ont contactée d’elles-mêmes, intriguées par mon projet. C’est ainsi que s’est ouverte une nouvelle page de mon aventure : l’achat de lots de vêtements auprès de ces associations.

Avec l’une d’elles, un partenariat s’est même prolongé sur plusieurs années. 

Il s’agissait d’une boutique associative située non loin de ma ville, qui a été mon principal fournisseur jusqu’en 2024. Cette structure réalisait une sélection très rigoureuse de dons de vêtements destinés à la vente : chaque pièce devait être en excellent état, sans déchirures ni tâches, débarrassée de toute étiquette portant le nom de ses anciens propriétaires et suffisamment intemporelle pour traverser les modes et les époques.

Avant que nos chemins ne se croisent, tous les vêtements qui ne répondaient pas à ces critères étaient tout simplement envoyés à la déchetterie . 

En 2019, cette organisation pris contact avec moi et ce fut le début d'une belle collaboration entre nous. 

Je m'engageais tous les 2 ou 3 mois à leur acheter des lots de vêtements initialement destinés à être jetés. Grâce à ce partenariat, ces pièces ont échappé à la poubelle et ont entamé une seconde vie, entre restauration, sélection et mise en valeur dans ma boutique.

Cette collaboration fit pleinement sens avec les valeurs d’Un Style Rétro : donner une nouvelle histoire à des vêtements oubliés.

Pour être totalement transparente avec vous, voici comment s'organisaient nos rencontres:

Cette association était tenue par un couple de retraités, profondément investis et animés par des valeurs humaines fortes. Régulièrement, ce sont eux qui se déplacaient jusqu’à mon domicile (car je ne suis pas véhiculée), chargés de cartons — parfois quatre, cinq ou six. Je les ouvrais sur place, et je prenais le temps de découvrir chaque pièce.

Je sélectionnais celles qui résonnaient avec l’univers de ma boutique . Certaines étaient impeccables, d’autres portaient les traces du temps, mais restaient réparables et sauvables. Le reste, je le leur rendais. À titre d’exemple, sur cinq cartons apportés, il m’arrivait d’en conserver seulement trois.

Une fois la sélection faite, ils me proposaient un prix global pour le lot. Ce fonctionnement permettait un tarif plus juste que l’achat à la pièce, et surtout, il a un véritable impact. 

L’argent issu de ces ventes leur servait directement à faire vivre l’association : payer les factures d’énergie, le loyer du local, continuer à accueillir et aider.

Mais parfois, cet argent allait encore plus loin.

Un jour, ils m’ont raconté qu’une somme que je leur avais versée — environ 150 euros — avait permis d’aider une femme en grande détresse. Elle s’était réfugiée dans l’association pour échapper à un mari violent. Grâce à cette somme, elle a pu acheter quelques produits de première nécessité, prendre un billet de train pour rejoindre sa famille, et surtout… s’échapper. Recommencer. Se mettre en sécurité.

C’est dans ces moments-là que je mesure pleinement le sens de mon travail. Chiner, restaurer, vendre du vintage, ce n’est pas seulement proposer de beaux vêtements. C’est aussi participer, à mon échelle, à un cercle vertueux : sauver des pièces de l’oubli, soutenir une économie solidaire, et parfois, contribuer à changer une vie.

Et ça, pour moi, ça n’a pas de prix.

Ce partenariat a duré 5 années. Cinq années de complicité, de partage et de valeurs communes . Au fil du temps, ce qui n'était au départ qu'une collaboration professionnelle s'est transformée en une véritable amitié, solide et sincère.

Si ce lien est si précieux, c’est parce qu’il repose sur une confiance absolue :

    De mon côté : Je savais que chaque centime que je leur versais était utilisé à bon escient pour faire vivre leur structure.

    De leur côté : Ils savaient que je traitais chaque pièce avec respect, que je les restaurais avec soin pour leur offrir une seconde vie digne de ce nom.

Puis est arrivé 2024. Mon chiffre d’affaires dégringolait, les ventes chutaient, et je me suis retrouvée dans l’impossibilité de continuer à acheter du stock auprès de cette association avec la régularité habituelle. J’ai expliqué ma situation aux gérants, et leur réaction a été un véritable geste de soutien, ce qui m’a profondément touchée et émue.

Conscients de mes difficultés, ils sont venus un jour me remettre trois cartons de vêtements. Ils n’étaient pas là pour me vendre du stock, mais pour me l’offrir. Ce geste, pur et désintéressé, m’a profondément émue. Dans un monde qui court sans cesse, recevoir un tel soutien, c’est comme recevoir une bouffée d’espoir, un rappel que l’humanité et la bienveillance existent encore.

Aujourd’hui, mon seul désir est de redonner à ma boutique sa stabilité, afin de pouvoir, à mon tour, soutenir financièrement la pérennité de cette merveilleuse association.

Ainsi, depuis 2024 et la baisse de mon chiffre d’affaire, je poursuis mes partenariats avec plusieurs associations, mais de manière plus ponctuelle et moins régulière qu’auparavant

 ♻️ Le secret derrière mes "petits prix"

On me demande souvent : « Laura, comment fais-tu pour proposer des pièces vintage à des prix aussi abordables ? » La réponse est là:

Elle est dans ces 9 années de travail acharné pour bâtir ces partenariats éthiques. 

Si je peux vous offrir des pépites à prix doux, c'est grâce à ces achats en lots auprès d'associations qui me font confiance. Ce n'est pas juste du commerce, c'est une chaîne de solidarité qui part de l'association, passe par mes mains, et finit dans votre dressing.

Merci à eux de croire en moi. Et merci à vous d'être là, car chaque achat dans ma boutique soutient aussi cette belle aventure humaine.

 ♻️  Brocantes et vides greniers

Pour compléter mon stock, je sillonne aussi les brocantes et les vide-greniers au printemps et en été, à la recherche de pièces singulières, chargées de vécu. Dans ces lieux, j’achète à la pièce, souvent un peu plus cher que lors des achats en lot, ce qui explique aussi que certains articles soient proposés à un prix légèrement supérieur. Mais derrière chaque pièce se cache une rencontre, une intuition, un coup de cœur.

 ♻️  Les dons et achats auprès de particuliers

Il arrive aussi très régulièrement que des particuliers me contactent directement pour me vendre leurs vêtements ou pour en faire don. 

Par le bouche-à-oreille, parce qu’ils connaissent mon travail, parce qu’ils ont lu un article dans la presse locale ou entendu parler de ma démarche. 

Ces personnes me proposent parfois de racheter des lots de vêtements ayant appartenu à un proche disparu. Et ces moments sont, à chaque fois, profondément émouvants.

On ne me confie pas seulement des vêtements. On me confie des fragments de vie. 

Derrière chaque robe, chaque manteau, chaque chemisier, il y a une histoire, un visage, une personnalité. Les familles ressentent souvent le besoin de raconter : qui était cette personne, comment elle vivait, ce qu’elle aimait, ce qu’elle incarnait. Parfois, elles me montrent des photos, des clichés anciens où l’on voit leur mère, leur grand-mère, leur tante porter ces mêmes vêtements. Le vêtement devient alors un lien tangible entre le passé et le présent.

Très souvent, ces personnes me disent que ce geste fait partie de leur processus de deuil. Confier ces pièces à quelqu’un qui saura en prendre soin, les réparer, les sublimer et leur offrir une nouvelle vie est pour elles profondément apaisant. Elles savent que ces vêtements ne finiront ni oubliés, ni jetés, mais qu’ils continueront à exister, à être portés, aimés autrement.

Confier ces vêtements à quelqu’un qui va en prendre soin, qui va les réparer, les mettre en valeur, leur offrir une nouvelle vie… c’est une manière douce de dire au revoir. 

Et ce qui me touche peut-être le plus, c’est qu’elles attendent avec émotion que je publie les photos des looks que je crée avec ces pièces. Elles me disent combien cela leur fait du bien de revoir ces vêtements, respectés, vivants à nouveau. Comme une seconde respiration. Comme une continuité.

C’est aussi pour cela que mon travail va bien au-delà de la simple vente de vêtements vintage. Il s’agit de transmission, de respect, de mémoire. 

Donner une nouvelle histoire à des pièces qui en ont déjà vécu tant, sans jamais effacer celles qui les ont portées avant nous.

Parfois, avec l’accord des donateurs bien sûr, je transmets aux acheteurs l’histoire et même les photos des personnes à qui ont appartenu certains vêtements. Parce que ces pièces ne sont pas de simples objets. Elles ont été vécues. Aimées. Portées dans des moments de vie.

Je pense notamment à un manteau rouge.

Et je sais que la cliente qui l’a acheté se reconnaîtra si elle lit ces lignes.

Ce manteau appartenait à une femme au caractère bien trempé. J’avais le récit de sa vie, son histoire, ses choix, sa force. Et j’avais aussi une photo d’elle, portant ce manteau, fière, droite, vivante. Avec l’autorisation du donateur, j’ai transmis ces éléments à l’acheteuse. Elle a été profondément touchée. Et je suis convaincue qu’à chaque fois qu’elle enfile ce manteau, elle a une pensée pour cette femme. Comme une présence discrète. Une continuité.

C’est ça, pour moi, le vintage : une transmission

Si ces particuliers, vendeurs ou donateurs passent par ici, je veux leur dire merci.

Merci pour votre confiance.

Merci de me confier ces pièces si chargées émotionnellement.

Je mesure profondément ce que cela représente.

 ♻️  Je chine ... dans ma propre garde-robes

Une partie des vêtements que vous trouvez dans ma boutique viennent aussi de pièces que j’ai chinées ou achetées sur Internet pour moi !

Je les porte. Je les aime. Pendant quelques mois, parfois plusieurs années. Puis un jour, elles ne me vont plus, ou je sens que je suis prête à les laisser partir. Alors je les mets en ligne dans la boutique.

C’est d’ailleurs exactement comme ça que tout a commencé.

Quand j’ai lancé ma boutique en ligne, les toutes premières pièces étaient les miennes.

Et je continue aujourd’hui. 

Tous les trois mois environ, je fais du tri dans ma garde-robe. Les pièces que je ne porte plus trouvent une nouvelle vie chez vous.

 ♻️  Une philosophie de vie, pas seulement un métier

Cela fait maintenant plus de dix ans que je n’achète plus de vêtements neufs pour moi. Depuis 2015, très exactement.

Ce choix n’a rien d’un défi, ni d’une posture. 

Il s’est imposé naturellement, au fil du temps, à mesure que je comprenais ce que je portais, d’où venaient les vêtements, et ce qu’ils racontaient — ou ne racontaient plus — de notre monde.

Le vintage, pour moi, ce n’est pas seulement un métier.

C’est une passion profonde, viscérale, presque intime.

Mais c’est surtout une philosophie de vie.

Choisir le vintage, c’est refuser l’uniformité, la production de masse, l’éphémère.

C’est privilégier la qualité, la durabilité, le savoir-faire, et le temps long.

C’est porter des vêtements qui ont déjà vécu, qui ont traversé des décennies, et qui continuent pourtant d’être beaux, solides, désirables.

Quand je m’habille chaque matin, je ne mets pas simplement un vêtement.

Je porte une histoire.

Je prolonge une vie.

Je fais un choix conscient.

Et c’est exactement ce que je souhaite transmettre à travers ma boutique :

l’idée que consommer moins, mais mieux, peut être une source de plaisir immense, que la mode peut être désirable sans être destructrice, et que chaque pièce vintage est une petite victoire contre une industrie qui épuise les ressources, les corps et les esprits.

Si aujourd’hui je vis du vintage, c’est parce que je le vis aussi au quotidien, dans ma propre garde-robe, dans mes valeurs, dans mes choix.

Je suis comme vous.

Acheteuse vintage avant d’être vendeuse.

Passionnée avant d’être professionnelle.

Et je crois profondément que chaque vêtement sauvé, porté, aimé à nouveau, est une manière douce mais puissante de changer le monde — un peu, à notre échelle.

 🙏 Remerciements et transmission de valeurs

Je terminerai cet article par un immense merci à mes clients(es) et plus globalement à tous les acheteurs et consommateurs de vintage et de seconde main.

Merci de redonner une seconde vie à ces vêtements.

Qu’ils viennent de ma boutique ou d’ailleurs.

Merci de choisir le vintage, la seconde main, le déjà-vécu.

Parce que ce choix n’est pas anodin.

L’industrie de la mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde. En achetant vintage, vous faites un geste concret pour la planète. Mais pas seulement.

Sans même vous en rendre compte, vous semez des graines autour de vous. Dans votre famille. Chez vos enfants. Auprès de vos collègues. Dans la rue.

Vous me racontez souvent que des inconnus vous arrêtent pour vous faire des compliments sur vos tenues. Et quand vous leur dites :

« C’est vintage »,

peut-être qu’une petite étincelle s’allume.

Peut-être qu’ils se disent :

« Tiens… c’est beau. C’est de la qualité. Moi aussi, je pourrais acheter vintage. »

 Et c’est ainsi, tenue après tenue, regard après regard, que le vintage continue de vivre, de se transmettre, et de changer le monde.

                                                                                                                  Laura Siméand